chamanes sans esprit et grévistes de la faim

Publié le par Damien


1. Le sang de l'artiste


Orgies de sang, automutilations, humiliation du corps humain, une partie de l'oeuvre des actionnistes viennois, et en particulier les travaux d'Hermann Nitsch heurtent ma sensibilité de deux manières : en tant que performances  artistiques, ces oeuvres me semblent manquer de subtilité (très peu de symbolisation), en tant que revendication politique, il ne constitue pas une voie tenable ; car si cet art veut manifester que l'homme vit dans l'abjection, il l'y enferme au lieu de lui donner les moyens d'en sortir.

Il ne s'agit pas évidemment de revenir à Jdanov et au tractoriste et à la kolkhozienne, mais on peut se demander quel potentiel révolutionnaire habite un corps qui se vide de son sang, un homme qui exerce sur lui-même la violence que lui inspire les conditions de la vie moderne.

Pourtant cet art reproduit certainement une ancienne fonction disparue en Occident avec l'avènement du Christianisme.

Les actionnistes viennois, en empruntant certaines formes d'expression aux liturgies païennes (Mithraïques, chamaniques) essaient probablement de revenir à un temps où le fait de se saigner était un fait social total (Mauss), où l'art ne s'était pas encore émancipé de la religion.

Or, l'actionnisme ne parvient pas à reconstituer cet univers ; l'esprit qui le rendait possible et faisait de chaque spectateur un fidèle, ne plane plus sur nous. Les "stigmates" et la musique religieuse ne sont plus à même de nous faire assimiler ces effusions à des scènes liturgiques. L'actionnisme contemporain appartient à son corps défendant à l'art médiatique du XXIème siècle et les rivières de sang qui coulent de ces blessures sont aussi bien des rivières d'argent, il n'en reste pas moins un phénomène très intéressant à étudier pour les sociologues de l'art.



2. usage politique du corps

Le cinéaste Steve McQueen raconte que lorsqu'il était enfant, il ne comprenait pas pourquoi un homme incarcéré devait cesser de manger pour qu'on prenne en considération ce qu'il avait à dire. Vingt-neuf ans après la mort de Bobby Sands en prison des suites d'une grève de la faim, McQueen consacre un film au militant irlandais dans lequel il pose le problème de l'usage politique du corps :


"la conception du corps comme champ de bataille politique est une notion des plus actuelles. C'est l'acte de désespoir ultime, car le corps humain est la dernière ressource de contestation" (Télé Obs, du 29 novembre au 5 décembre, propos recueillis par Marie-Elisabeth Rouchy)




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